Transparences liquides

10.09 — 6.12.2026

Réunissant quatre artistes contemporains, l'exposition Transparences liquides interroge les conditions de notre perception visuelle face aux flux d'images actuels. Entre l'espace, la durée et l'attention, elle déplace subtilement les modalités du voir pour explorer la manière dont les images configurent notre regard et nos structures de pensée.

Réalisée par Francesco Biasi et Nathalie Giraudeau, Transparences liquides a été présentée au CPIF (Centre Photographique d’Ile-de-France) du 25 janvier au 22 mai 2026.


EN
Bringing together four contemporary artists, the exhibition “Transparences liquides” questions the conditions of our visual perception in the face of today's flow of images. Navigating space, duration, and attention, it subtly shifts the modalities of seeing to explore how images shape our gaze and our structures of thought.

Curated by Francesco Biasi and Nathalie Giraudeau, Transparences liquides was presented at the CPIF (Centre Photographique d’Ile-de-France) from January 25 to May 22, 2026.

NL
De tentoonstelling Transparences liquides brengt vier hedendaagse kunstenaars samen en bevraagt de voorwaarden van onze visuele perceptie in het licht van de huidige beeldenstroom. Tussen ruimte, duur en aandacht verschuift de expositie op subtiele wijze de modaliteiten van het kijken, om te onderzoeken hoe beelden onze blik en onze denkstructuren vormgeven.

Gecureerd door Francesco Biasi en Nathalie Giraudeau was Transparences liquides van 25 januari tot 22 mei 2026 te zien in het CPIF (Centre Photographique d’Ile-de-France).

© Emmanuel Van der Auwera, Memento 59 (Capitol Black)(détails), 2025, tirage sur plaques offset ayant servi à l’impression de journaux, 132 × 288 x 3 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Harlan Levey Projects (Bruxelles)

Transparences liquides

Anne-Camille ALLUEVA

À une époque où la majorité des images que nous consommons sont calculées et rétroéclairées, les écrans se sont imposés comme les interfaces permanentes de notre quotidien. Cette familiarité invisible nous fait souvent oublier la médiation qu’ils imposent dans la formation de notre regard.

C’est précisément au cœur de ces enjeux qu'Anne-Camille Allueva développe sa recherche plastique pour Transparences liquides. À travers un geste fort, l'artise isole l’une des strates techniques de nos écrans — le filtre polarisant — pour en révéler le rôle crucial dans la construction du visible.

Matan MITTWOCH

Matan Mittwoch développe une pratique qui croise geste et pensée, faisant surgir des analogies entre la vision comme phénomène optique et comme processus cognitif. Pour Transparences liquides, ses œuvres examinent, non sans ironie, le paradoxe de l’émission lumineuse : source d’information autant que facteur d’aveuglement, générant un regard frustré, attiré par la lumière mais privé de toute possibilité de compréhension.

Au cœur du parcours, l’œuvre inédite TELE (2025) plonge le public dans l’abîme de la lumière. Ce tirage monumental fait référence au phénomène cognitif de la tunnel vision (vision en tunnel), cette tendance à se focaliser sur un récit unique au détriment des contextes plus larges. En photographiant la rugosité intérieure d’un tube en carton de papier photographique, Matan Mittwoch met en scène le paradoxe de l’éblouissement.

La lumière, vecteur moderne d’informations à travers nos écrans, y rétrécit le champ de vision plutôt que de l’élargir. Prenant le contre-pied conceptuel des Sun Tunnels de Nancy Holt (1973-76) qui alignaient le corps et le soleil dans un ordre cosmique —, TELE oblitère tout horizon et met en abyme l’acte même de regarder face à la surcharge informationnelle de notre époque.

Laure TIBERGHIEN

Laure Tiberghien réalise des tirages uniques sans appareil photographique, exploitant les propriétés pures du papier photosensible, de la chimie et de la lumière, tout en intégrant la part fertile du hasard. Bien que ses œuvres renoncent à tout mimétisme pour tendre vers l'abstraction, elles conservent l'empreinte physique de l'artiste. Dans l'obscurité du laboratoire, son corps s'active en une véritable chorégraphie, manipulant des « matrices » en verre soufflé créées par ses soins pour moduler, filtrer et distordre les faisceaux lumineux.

Pour la série inédite Moon I, Moon II et Moon III (2025), de grands formats aux camaïeux de verts vibrants, l'artiste a façonné la lumière à l'aide de ses Pierres de lune (des sphères de verre) tout en intervenant sur le développement pour créer des démarcations nettes. En prenant son temps face à l'œuvre, le·la visiteur·euse fait l’expérience d’une adaptation perceptive, découvrant au fil des secondes des nuances fines et des strates de clairs-obscurs. Laure Tiberghien invite ainsi à une contemplation longue et attentive, offrant un contrepoint méditatif puissant à l'accélération et à la surcharge iconographique de notre époque.

Emmanuel VAN DER AUWERA

À travers ses tirages et ses dispositifs en volume, Emmanuel Van der Auwera interroge la fabrication et la circulation de l’information à l’ère de la post-vérité. Face au déclin des médias de référence et à la fragmentation du paysage médiatique, sa recherche plastique articule de manière sensible le support et l’image, la matérialité et la représentation.

Au sein de l'exposition, les œuvres Memento 59 (Capitol Black) et Videosculpture XXVIII s'emparent de l'imagerie de l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021 pour en déconstruire le régime de vérité. L'artiste utilise des plaques offset — servant initialement à l'impression des journaux — pour y fixer l'image d'une foule en révolte. En parallèle, une séquence vidéo de l'événement est diffusée à travers une sculpture d'écrans dont il a arraché les filtres polarisants. Exigeant un temps d'observation prolongé, ces dispositifs mettent au jour la nature construite et manipulable des images.

Emmanuel Van der Auwera présente également plusieurs pièces inédites (2025) qui intègrent l'influence des algorithmes de génération d'images, questionnant la fragilisation du standard photoréaliste comme gage de vérité.