I Edouard Hannon (1853-1931)
LA COLLECTION
I

> du 1er juillet au 19 septembre 2004

Biographie

Edouard Hannon et la photographie

Membre des cercles éclairés d’une bourgeoisie industrielle aux intérêts culturels étendus, Edouard Hannon est d’un naturel curieux: il pratique également la photographie, domaine alors en plein essor. Notons à cet égard que, vers 1880, la photographie de reportage est facilitée par la mise au point d’un matériel moins encombrant et de nouveaux procédés techniques (les plaques sèches au bromure d’argent remplacent le collodion). Créateur délaissé par les anthologies photographiques actuelles, Edouard Hannon est pourtant un artiste remarquable, témoignant d’une vision personnelle clairement formulée, d’un sens novateur prononcé et d’une grande expérience.

En 1874 déjà, à 21 ans, il est membre fondateur de l’Association Belge de Photographie. Vingt ans plus tard,
en 1894, il est l’un des cinq participants belges à la première exposition du Photo-Club de Paris, où il remporte la médaille d’or. Eclectique, il s’adonna tout à tour tant à l’abstraction qu’à la photographie documentaire. Outre ce succès, il recueille de flatteuses distinctions honorifiques aux salons internationaux auxquels il apporte sa contribution: Berlin (1896), Bruxelles (1902).

S’il mérite de prendre place dans l’histoire de la photographie, c’est surtout parce qu’il a d’emblée le sens
de la vision directe, propre à l’objectif photographique, la préhension immédiate de la réalité captée en un instant, le cadrage original qui n’a rien à voir avec l’organisation traditionnelle des surfaces peintes. Ces qualités de "photographie pure" apparentent sa démarche à celle de Stieglitz à la même époque aux Etats-Unis. Elles sont surtout sensibles dans ses portraits et ses photos de voyages réalisées au cours de missions effectuées en tant qu’ingénieur de la compagnie Solvay. De ces voyages, il rapporte une importante quantité de clichés photographiques à caractère sociologique et documentaire, souvent d’une grande qualité esthétique, où apparaît sa maîtrise tant sur le plan artistique que technique.

Dans les années 1890 naît une querelle autour de la question "la photographie estelle un art?", qui allait déplacer la photographie d’un intérêt technique vers un problème esthétique. Le mouvement pictorialiste allait régner durant plus de vingt ans sur l’Europe et les Etats-Unis. Entre la photographie et la peinture s’installa un rapport concurrentiel, la photographie ayant pour but, non pas d’imiter la peinture, mais de parvenir à s’élever à son niveau et de revendiquer le même prestige. Le projet principal du Pictorialisme était en effet que l’on considère la photographie comme l’un des beaux-arts, tandis que ses détracteurs la réduisaient à un simple acte technique*. Edouard Hannon prend entièrement part à ce mouvement pictorialiste par ses portraits et ses paysages. Il reste,
aux côtés de Léonard Misonne, Romain Ickx et Gustave Marissiaux, un des plus brillants représentants du mouvement.

En 1977, Gilbert De Keyser redécouvre le patrimoine photographique d’Edouard Hannon. Le musée Horta (Bruxelles) présente une première série de ses photographies et, à partir de 1981, Contretype, en collaboration avec Gilbert De Keyser, entreprend de réaliser des copies de l’œuvre intégrale, dont une première rétrospective allait se dérouler au Centre Culturel Le Botanique (Bruxelles) en 1986.
















. Photographie d'Edouard Hannon
"Denise, fille du couple Hannon",
Date non précisée (fin du 19e S.)