| I André CEPEDA ANACRONIA I > du 23 mars au 30 avril 2005 Biographie André Cepeda, à propos du projet "Anacronia" Il est une importante tradition en photographie, qui passe fréquemment inaperçue ou est sous-évaluée: celle de faire de longues marches urbaines muni d un appareil photo, à la recherche dimages "justes". Cette tradition est déterminante pour ce que lon appelle la "photographie de rue", mais les photographes flâneurs ne sont pas toujours des photographes de rue; ils peuvent être documentaristes, photojournalistes, voire photographes de la nature. À quelques exceptions près, lidée de flâner vient du fait que le photographe ne sait pas précisément ce quil va photographier avant de rencontrer son sujet. Évidemment, les photographes ont leurs centres dintérêt personnels ou travaillent sur un projet spécifique et ils ont en tête une idée approximative du genre de photographies quils vont faire, mais ils ne prennent la décision de déclencher quau moment où le sujet se présente à leurs yeux. Limage qui apparaît dans le viseur sajuste dune certaine façon à limage mentale. Même si cela concerne quelque chose de totalement neuf et dinattendu et même si limage appartient à une série dimages préalablement pensées. En réalité cela ne se passe pas de façon aussi préméditée: au moment où ils appuient sur le déclencheur, ils savent quil sagit de la bonne image. Lacte même de photographier est souvent très rapide et intuitif, tout en étant basé sur une vaste expérience du regard et de la vision; cest ce que nous pourrions appeler la pensée visuelle rapide. La série dAndré Cepeda sur Bruxelles ma fait penser à ce processus qui est si typique du medium photographique quon le considère comme une forme dart, une pratique culturelle ou une compulsion très personnelle. Cepeda a flâné dans Bruxelles en 1999, dans le cadre de sa résidence dartiste à lEspace Photographique Contretype; son projet était de produire des images qui reflètent en quelque sorte lidentité culturelle de cette ville ou du moins qui questionnent cette identité de façon pertinente. Cela implique que lartiste ne voulait pas photographier les lieux communs touristiques ni les expressions "officielles" habituelles du pouvoir bureaucratique patentes dans larchitecture "politique" de la capitale de lUnion européenne. Au contraire, André Cepeda a décidé de se focaliser sur la vie fugace des rues de la ville et de quelques "non-lieux"; Bruxelles regorge de ces endroits trop banals pour quon les remarque et encore moins pour quon les photographie. Si nous pouvions distinguer deux groupes de "promeneurs" - dune part les "témoins" ou "spectateurs", dautre part les "chercheurs", "philosophes" ou "analystes" -, André Cepeda appartiendrait clairement à cette seconde catégorie. Les photographes ont une vaste collection dimages stockées dans la mémoire; ils reconnaissent tous les styles dimages de photographes dont ils ont vu le travail dans des livres, magazines, expositions, sur des panneaux publicitaires, etc. Il est possible que pendant quils marchent dans la rue, ils "voient" ici une image de Robert Frank, là "un Winogrand", "un Doisneau" ou "un Cartier-Bresson". Dans notre monde saturé dimages, faire une nouvelle photographie signifie, dans une large mesure, ne pas faire lune des mille et une images déjà existantes que notre mémoire nous invite à reproduire continuellement mais essayer doublier ces images, dêtre "vierge" de toute référence au moment où lon prend effectivement une nouvelle photographie. Il sagit là dune pratique très difficile et qui sassocie également au processus de pensée visuelle rapide auquel jai fait référence plus haut. Pour les photographes, il sagit là dune dimension déterminante de leur créativité. Il est intéressant de voir comment la série sur Bruxelles dAndré Cepeda fonctionne à la lumière de ce que je viens de décrire Frits Gierstberg, Directeur des expositions au Nederlands fotomuseum de Rotterdam (Adaptation française: Jean-Louis Godefroid) Voir aussi le site www.anamnese.pt Dans le cadre de l'exposition d'André CEPEDA, l'Espace Photographique Contretype a publié "Anacronia" le troisième Carnet de Résidence. |
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