I Laurence DEMAISON
Patrick BAILLY-MAÎTRE-GRAND
CORPS PHOTOGRAPHIQUES
I

> du 16 février au 20 mars 2005

Biographies

Corps photographiques

L’exposition conjointe des œuvres de Laurence Demaison et de Patrick Bailly-Maître-Grand, dans le cadre du programme international du CEAAC et en partenariat avec l’Espace Photographique Contretype, constitue un rapprochement mutuellement éclairant de deux approches initialement très différentes de la photographie.

Alors que la formation scientifique de Bailly-Maître-
Grand lui a permis, après une longue pratique de la peinture, de renouveler le procédé tombé en désuétude du daguerréotype puis de renouer de manière à la fois novatrice et souverainement joueuse avec d’autres expérimentations techniques des pionniers de cet art, c’est en autodidacte que Laurence Demaison – après des études d’architecture – a élaboré en réponse à une profonde urgence existentielle un "discours visuel" d’une fascinante puissance de conviction. Mais, au fil de leurs travaux réalisés désormais dans un stimulant compagnonnage, c’est une attitude d’invention permanente de procédures - tout autant techniques qu’expressives - qui se révèle le trait commun de leurs deux démarches.

Des photographies de Bailly-Maître-Grand, d’une taille au moins identique ou agrandie par rapport à leur motif, émane la sensation de présence réelle d’un objet, subtilement métamorphosé en une autre chose que lui-même par l’artifice technique imaginé. Des doigts mutilés par le travail deviennent ainsi des sortes de stèles dressées dans la nuit comme les pierres de Stonehenge en attente de l’aube du solstice, tandis que l’empreinte d’une paume semble dessiner le relief problématique d’une planète lointaine.

Si les œuvres de Bailly-Maître-Grand semblent ainsi tendre vers des apparitions monumentales affectées d’une étrange luminescence, celles de Laurence Demaison mettent au contraire en scène la disparition de son propre corps dans la lumière. Cette dissolution photographique de l’identité – pour laquelle le néologisme de photolyse consonerait assez justement avec tous les sens du mot analyse – peut s’opérer dans des vues de parties intimes du corps dont les replis s’inscrivent comme l’ombre anonyme d’un idéogramme. Tantôt le mouvement du corps en contre-jour anticipe par un effet de flou sa chute dans un néant d’une blancheur aveuglante, tantôt l’eau participe par ses remous ou ses ondulations aux déformations d’un nu sans visage, à sa désintégration scintillante dans l’obscur, ou au dérobement de ses formes sous le tumultueux drapé qu’est devenue la surface entière de l’image.

Ces deux œuvres fortement individualisées partagent néanmoins une grande proximité, particulièrement sensible dans l’enjeu que le corps représente pour chacune d’elles. Cette mise en jeu du plus intime de soi-même est animée par une pudeur expérimentale dont l’inventivité technique repousse sans cesse toute complaisance ou tout narcissisme pour donner le jour à des corps photographiques, jusque-là inconnus, mais révélateurs de la passion du visible au cœur de l’invention et des aventures de cet art.

Paul Guérin
novembre 2004


Cette exposition a bénéficié du soutien du Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines, Strasbourg (
CEAAC), de l’Association pour la Promotion de l’Alsace (APA), de la Région Alsace,
de l’Ambassade de France à Bruxelles et du Commissariat Général aux Relations Internationales de la Communauté Wallonie-Bruxelles de Belgique (
CGRI).


. Patrick Bailly-Maître-Grand
"Les Digiphales,
200 x 100 cm
1990



. Laurence Demaison
"Belladone"(n°1),
36 x 60 cm,
2003