| I JH Engström JE SUIS OÙ I > du 5 novembre au 21 décembre 2003 Biographie Je suis où JH Engström vient dune ville située en pleine forêt suédoise et qui doit son existence à une usine. Cest au contact du monde du travail et des mentalités qui y sont liées que JH Engström passera ses douze premières années avant de suivre ses parents à Paris, où il vivra deux ans et demi. De retour en Suède, il ne comprend plus rien de la vie, de ses parents, des gens, tant les différences sont importantes. Il en gardera cette agitation intérieure, cette difficulté dêtre dans le moment présent, dêtre déjà ailleurs. De ses études de photographie, il gardera dun professeur une grande amitié: Anders Petersen dont il se revendique lélève. Il trouve la scène photographique suédoise trop étroite, insuffisante, sy sent un peu à part, dans une certaine marginalité. Aujourdhui, il travaille et vit à Stockholm où il aime toujours sortir dans les bars. La seule chose qui a changé, cest Anna: avec elle, il peut rester seul à la maison. Entretien Quelle qualité de relation entretiens-tu avec ce que tu photographies? Quand je photographie un être humain, un lieu, une situation, un objet, je my identifie toujours fortement. Il y a mon histoire, mon bagage qui résonnent dans ce que je photographie. Jy mets "différentes couches" de mes sentiments. Jexprime mes sensations, mes pensées, et je les présente. Je nessaie pas dexpliquer les choses ou les liens qui existent entre elles. Tout ce que je peux faire ce sont des photographies de ce que je sens, de ce que donnent les rencontres avec les gens. Dans ce sens, mon travail est complètement subjectif. En même temps, je mintéresse à lobjectivité, au fait que lorsque lon photographie, on a toujours à faire avec la réalité, et là, la subjectivité ne mintéresse pas, cest un paradoxe. Dans tes images, il y a beaucoup de dramaturgie. Pourquoi la renforcer au tirage, par laffirmation du grain, des griffes ou la distorsion des couleurs? Parce que je veux à tout prix faire passer ce que je sens, ce qui tourne dans ma tête, mais le problème, cest que je ny arrive jamais complètement. Cependant, je suis toujours là et je fais des photographies depuis des années, cest une manière dêtre au monde. "Je suis où". Cette question qui nen est pas une sera le titre de lexposition des travaux que tu as réalisés durant ta résidence à Bruxelles. Dabord, Bruxelles est une ville bizarre pour moi. Son identité ne mapparaît pas clairement, ensuite il y a toujours les interrogations personnelles : cest quoi la vie, pourquoi suis-je ici ? Rien nest évident, ce nest pas évident de vivre à Stockholm non plus. Dans les photographies que je fais sur Bruxelles, il y est beaucoup question de solitude. Dans la situation étrange dêtre en résidence pendant deux mois, jai souvent été seul, et cest bien ; jai rencontré des gens, mais je nai pas fait de connaissances. La solitude des autres aussi mintéresse beaucoup. Dans le drame de chaque vie il y a la solitude qui pousse chaque être humain à faire des choix pour survivre. Je parle de la vraie solitude, celle quon porte soi-même : il faut que tu portes ta vie ! Quels ont été tes lieux de prédilection durant ton séjour à Bruxelles ? Je ne peux pas rester chez moi, cest langoisse, il faut que je sorte tout de suite, il faut que je rencontre des gens, que je regarde comment sont les gens entre eux, par exemple dans les bars ; là pour moi cest le meilleur théâtre du monde. Je suis là et je vois tout ça, je me sens dedans, je comprends pourquoi ils disent ceci ou cela. Cest beau, jadore ces gens qui jouent comme sur une scène de théâtre, qui mentent tout le temps, mais qui sont vrais aussi car ils disent ce quils sont. Jadore les bars : tout le monde peut venir, on peut parler de nimporte quoi. Le bar est un public living room : on n est pas chez quelquun, on est libre, cest pour tout le monde et je my sens bien. Un dernier mot pour conclure avant de découvrir tes images ? Sil y a un mot pour mon travail, cest la solitude, la mienne et celle des autres. Je lexprime tout le temps, cela sort de mes sentiments, de ce que je pense là où je suis, mon travail actuel sintitule Mon monde à moi, comme celui dun gosse. Le fait dêtre très réceptif tout le temps ça me fait mal, cest très fatigant mais cest aussi pour cela que je fais de la photographie, cela maide à vivre. Cest une nécessité de le faire, cest un peu une question de vie ou de mort, alors il faut que je le fasse : je le fais, et puis, je pars. Salut ! Propos recueillis par Jean-Louis Godefroid, août 2003 |
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