I “En ville” Bernard PLOSSU I


Préface adressée par Jean-Louis Godefroid à Bernard Plossu

Cher Bernard,

L’aventure a commencé un après-midi d’avril 93.
Nous marchions rue du Midi pour nous rendre chez ton fournisseur de BD préféré.
Il y avait longtemps que tu n’étais pas venu à Bruxelles et nous nous remémorions notre première rencontre en 79; tu me racontais ta rencontre avec Françoise, puis les enfants et les voyages.
Je me rappelle très bien de tes réflexions sur l’exotisme et sur la guerre du Golfe qui avait bouleversé ton attitude de voyageur. Ce ne serait plus jamais comme avant, mais tu découvrais d’autres traversées par de longues marches dans la réserve géologique de Haute-Provence ou au Tyrol, sous la neige l’hiver.
Nous avons parlé aussi des missions photographiques et des commandes, des résidences d’artistes, et puis cette phrase: “je ne veux plus photographier en ville, à une seule exception: j’aimerais réaliser un livre sur Bruxelles”.
À mon grand étonnement, tu as parlé avec délectation de la lumière du Nord, de tes souvenirs de cette “ville étape” vers Amsterdam et aussi de la Ligne Claire et c’est ainsi que nos envies se sont croisées.
En te proposant une résidence d’artiste à Bruxelles, j’ai insisté sur le fait qu’il était important de se donner le temps de mettre en question, de tenter de nouvelles expériences, de poser son regard comme l’on pose son sac.
Je voulais te poser la question: pourquoi passer sa vie à faire des images surtout quand on les fait comme on respire, pourquoi toujours recommencer? 
Tu y as répondu simplement par les images réalisées à Bruxelles en 98: tenter de voir toujours plus juste, affiner ce qui est proposé au regard des autres, garder cette qualité de l’enfance malgré toutes ces années de pratique: l’étonnement.
J’aime quand tu dis: “on continue”, cela résonne comme: toujours coller plus à ce que l’on est par la justesse du regard et trouver la forme adéquate pour y arriver.
Alors ce livre sera-t-il le dernier Plossu en Ville ?

À l'amitié et on the road again!

Jean-Louis Godefroid


Préface adressée à Jean-Louis Godefroid par Bernard Plossu

Cher Jean-Louis, bongiorno!

Ce mot pour te dire le bonheur que j’ai trouvé à marcher avec toi tout autour de Bruxelles, ta ville, ces dernières années! dans le froid cristallin, pur et glacial, comme dans la chaleur de l’été le soir au crépuscule: de rue en rue, de petits restos où la chaleur du stoemp est si forte que l’appareil de photo se recouvre instantanément de buée, à la taverne grecque près de la gare où on peut choisir son plat, toujours fascinant d’errer dans une grande ville et de laisser les photos petit à petit apparaître et vous parler de la géographie mentale du lieu.
Vu le nombre d’années qu’on se connaît, saperlipopette, ça commence à faire un bail, on peut se balader en silence et se laisser émerveiller comme si on était au bout du monde! d’ailleurs on l’a été souvent, à Bruxelles! soirs de fête foraine où c’est la terre entière qui se retrouve fraternellement! Quand j’avais un peu plus de vingt ans, c’était à Bruxelles que je retrouvais l’ambiance “beat” de San Francisco; le même aspect underground (bien plus qu’à Amsterdam ou Londres). Et, venant te voir, je me suis rendu compte que ce côté marginal (beatnik!) est toujours aussi présent: Bruxelles est une ville non-snob, et ça fratello Jean-Louis, c’est génial! et puis il y a un autre truc qui compte, tu le sais, pour moi, à venir dans ta ville: je suis de la génération qui a été éduquée visuellement par les dessinateurs belges. Dès 1950, je dévorais le journal de Spirou et le journal de Tintin, et c’est la “Ligne Claire” qui a formé mon œil, aucun doute. Alors errer à Bruxelles avec toi, et de temps en temps passer des heures dans les librairies de BD d’occase, c’est le grand bonheur. Je suis un enfant de Paul Cuvelier, de Franquin, de Jacques Laudy, de Sirius, d’Hergé, de François Craenhals, de Vic Hubinon, de Jijé, de Willy Vandersteen, de Bob de Moor, de Raymond Reding, de Jacques Martin (le “Sphynx d’Or”, wow!), de Peyo (Pirlouit!), d’Edgar P. Jacobs (encore l’Égypte!)… et aussi de Will, de Le Rallic, de Jacovitti, de Fred Harman, de Morris, d’André Galland, de Jean Graton, de Gérald Forton, de M. Tacq, de Fred Funcken, de E. Paape, d’Albert Weinberg.
Avec Craenhals je suis allé en Australie, avec Cuvelier en Inde, avec Vandersteen chez les Tartares, avec Laudy en Arabie et , qui sait, peut-être n’ai-je tellement voyagé plus tard que parce que je voulais retrouver ces livres. Il est incontestable que j’ai vécu dans le grand Ouest Américain pour être dans les décors -pour de vrai- de “Corentin chez les Peaux-Rouges”. Et la photo…? c’est une sorte de rencontre entre cette ligne claire et le cinéma, puisque des BD, j’ai enclenché sur la Cinémathèque. Puis la littérature ajoutera la partie adulte de la vie, de l’image… Et on se retrouve à Bruxelles à voir, à comprendre des émotions de lumières, de lieux, de non-lieux, de symboles d’époques, d’histoire passée, présente et future, pourquoi pas! et on marche, sans fin, d’un quartier à l’autre, on fait de la buée, on ouvre les parapluies, on cligne des yeux au soleil qui réchauffe dans un tramway, on écoute Natacha Atlas, on n’en croit pas nos yeux! hein, mon vieux Jean-Louis, c’est super d’explorer ce qu’on croit connaître, et de laisser les images qui apparaissent vous montrer tout ce qui se passe, on continue, depuis pas mal d’années on continue, t’as vu ça? inouï !!!
Saluti,

Plo


Pour tout renseignement concernant la location
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