| I Alain PAIEMENT (Canada, 1997) I BIOGRAPHIE Né à Montréal en 1960, Alain Paiement a étudié les Arts Plastiques à lUniversité du Québec à Montréal, à La Cambre-Bruxelles et à lUniversité de Paris 1. En 1984, il séjourne en Belgique et poursuit sa formation à lÉcole Nationale Supérieure des Arts Visuels La Cambre. Durant cette année, il réalise une représentation photographique grandeur nature du Perron de Liège, et élabore deux projets qui seront finalisés et exposés à Montréal ultérieurement, Waterdampstrukturen en 1985 et Beyond Polders en 1987: ce sont des installations développées à partir de la géographie et de la météorologie du plat pays dans lesquelles la peinture, la photographie et la sculpture sont intégrées par un travail architectural. Les sculptures photographiques des années suivantes seront presque toutes dérivées de la sphère optique qui se transforme en cubes, en conques ou autres formes primitives, défigurant les lieux monumentaux quelles représentent. Depuis quelques années, Alain Paiement utilise de plus en plus souvent les technologies numériques pour construire ses images, tout en produisant encore des uvres aux procédés photographiques traditionnels. Les uvres redeviennent bidimensionnelles, rappelant à nouveau les cartes géographiques, comme la pièce Sometimes square (version 1997) présentée lors de la toute récente Biennale de la Photographie de Liège en octobre 97. Après ces années dun parcours amorcé lors dun séjour à Bruxelles il y a près de quinze ans, cest donc avec un intérêt tout particulier quAlain Paiement a travaillé, lors de cette première résidence dartiste, dans cette ville qui lui est familière et toujours à redécouvrir dans ses bouleversements urbains et architecturaux. Entrevue a été réalisée par Jean-Louis Godefroid à loccasion de lexposition dAlain Paiement à lEspace Photographique Contretype, présentée du 29 janvier au 8 mars 1998. Cette résidence dartiste à Bruxelles a bénéficié du soutien de la Commission Communautaire Française, du Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique, du Ministère des Affaires internationales du Québec, de la Délégation Générale du Québec à Bruxelles, et de laimable collaboration du Centre Vu à Québec. Vous êtes le premier artiste invité en résidence à Bruxelles. Cette ville familière a déjà marqué votre travail par le passé... En effet, jai séjourné très fréquemment à Bruxelles entre 1983 et 1987. Quand je suis arrivé ici la première fois, je travaillais en peinture. À cette époque, tout mon travail se référait à la cartographie des polders belges et hollandais. Ce fut le point de départ de tout ce que jai poursuivi pendant les 10 années qui ont suivi, même au delà de la peinture avec mon travail photographique, les installations et le travail lié à larchitecture. Tout cela a commencé à Bruxelles. Et voilà, après 14 ans, je retourne à la ville qui a orienté mon parcours autour de lidée de cartographie et de report, de tout ce qui ma finalement amené à la photographie. Aujourdhui, à travers cette résidence, je porte un nouveau regard sur les lieux qui ont fait naître ce processus-là. Quelles sont vos impressions de la ville aujourdhui? En 1997, quand je suis revenu à Bruxelles après plusieurs années dabsence, jai été frappé par létat de la ville. Jai trouvé que le processus de délabrement de certains édifices, dîlots, voire même de quartiers entiers sétait accéléré de façon incroyable, et jai voulu y répondre au travers de la photographie. Quel est votre projet pour cette résidence, et comment ce travail sinscrit-il dans votre parcours? Tout au long de ce parcours jai réfléchi à la relation entre la méthode du report et le sujet cartographié. Cela ma amené à considérer le rapport entre loutil photographique et la forme architecturale. Les deux ont pour effet de définir la vision. Lors de mon retour, la ville mest apparue comme un ensemble de devantures, quelles soient résidentielles, commerciales ou corporatives. Cet effet est accentué par ce que lon appelle le façadisme, ce procédé de rénovation urbaine qui conserve les façades en reconstruisant totalement lespace quelles cachent. Cette question de devanture amène une problématique de frontalité et de masque... Jai voulu investiguer la ville en regardant ses surfaces architecturales, en portant mon attention sur certaines façades dédifices symptomatiques de la ville en transformation, de cette disjonction entre la devanture et ce quelle dissimule. Comment abordez-vous la ville? Je me donne des contraintes: ici, cétait de mettre en parallèle le plan architectural et le plan du film. Tout ce que je photographie devient frontal, cela est dû a une approche assez analytique et à un découpage dimages successives: un travail qui est finalement assez proche des méthodes archéologiques. Quand on pense à larchéologie, cest beaucoup plus une dimension temporelle que spatiale qui est au centre des préoccupations. La photographie est liée aux couches successives, aux moments dans le temps qui sinscrivent sur les surfaces de la ville. Les endroits choisis sont des lieux symboliquement forts, et sont aussi lobjet de polémiques urbanistique et politique. Comment avez-vous déterminé les sujets? Jai souvent photographié des lieux très connotés sur le plan économique ou politique. Cela porte toujours un risque, tant leur histoire et leur présence iconique peuvent être incontournables. À Bruxelles, les sujets ont presque tous en commun dêtre comme des monuments vétustes de la modernité: ils sont épuisés. En posant un regard sur de tels lieux, je pense au romantisme lié à la transformation de la cité. La photographie des façades devient une cartographie de lhéritage du XXème siècle. Dans un sens, cest une approche très fin de siècle. Demblée, dans ce projet (comme dans tout ce que je fais habituellement en photo) je ne prends pas des images, je les construis. Ces montages ne peuvent se résumer à montrer ou à désigner un sujet photogénique ou pittoresque. Le procédé de prise de vue et dassemblage des photos impliquent déjà une position, à la fois plus distanciée et plus intuitive en regard des bâtiments choisis ainsi que des facteurs politico-économiques qui les ont amenés dans cet état. Pourriez-vous nous donner des indications sur votre méthode de travail? Les paramètres en sont assez simples; il sagit détablir des conditions assez strictes de laboratoire que je vais mettre à lépreuve en regard dun sujet donné. La frontalité, le recto/verso, le découpage sur la base dune grille, la symétrie et la récurrence de lidée du double sont des exemples de ces conditions. Mais à chaque fois la spécificité du sujet oblige à nuancer, à réévaluer la méthode. Jai évolué entre une certaine tradition de la photographie architecturale documentaire et une démarche de promeneur, ce qui implique à la fois une rigueur constructive et une attitude derrance. Je me suis mis dans des conditions de travail qui ont généré de nouvelles images, cest une possibilité que je me suis donnée en laissant le sujet Bruxelles ne plus être seulement une idée, mais aussi une expérience sensible qui modifie le projet. Autrement dit, japplique une méthode et je la risque en la confrontant au vécu dans la ville; alors la méthode se modifie et se désystématise. À partir de quelques données de base, il y a un grand nombre de variations possibles. Comment vous situez-vous en tant quartiste par rapport à la vie de la cité? Relativement aux lieux photographiés, jai une position assez formaliste. La question de lengagement se pose dans la méthode par laquelle je reconstruis un sujet. Par exemple, jai photographié un squatt de Bruxelles, qui désigne des conditions de précarité extrême. La prise de vue est systématique, mais ce qui me motive provient dabord de lémotion que génère le lieu: lengagement est aussi subjectif que réflexif. Cette émotion guide ma façon de travailler. Si je voulais que mon action soit plus immédiate dans la cité, elle deviendrait plus directe que le travail des images... |
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