INTERVIEW

Qu’est-ce qui t’a pris d’aller à Saint-Luc à Tournai? Quel est l’événement dans ta vie qui t’a orienté vers ce genre d’école?

La vraie raison, pas très valorisante, c’est que j’étais mauvais au collège, je n’aimais pas l’idée qu’on m’impose des choses. Très vite, j’ai eu besoin de ma liberté. Je ne voyais pas l’ intérêt de répéter à la lettre ce qu’un professeur disait. La photo ne s’est pas imposée à moi; j’ai fait de la photo parce que je ne savais pas dessiner... Je voulais faire des études artistiques parce que dans mon esprit, c’étaient les seules portes ouvertes. Mon papa faisait également beaucoup de photos, j’ai fait comme lui.

C’est important, ton père faisait de la photo? en amateur?

En amateur éclairé. Il n’avait pas de labo à la maison; il faisait uniquement les prises de vues. Il a développé avant, quand je n’étais pas né. Par contre, ce qui est étrange, c’est qu’après m’avoir donné son appareil, il n’a plus jamais fait de photos. Cela a beaucoup fait réfléchir Serge Tisseron.
Quand je suis rentré en section photographie, je n’ai jamais osé faire du flou, je faisais les choses de manière très scolaire, probablement par peur. Toute ma 4ème année secondaire à Saint-Luc, c’était le diaphragme fermé à fond, le maximum de netteté, avec une approche très reportage. J’étais en outre totalement dans l’idée des choses et non leur représentation. Je faisais des trucs nuls, ringards, photographier la lune en me disant que le sujet, que j’imaginais grandiloquent, allait produire l’image, sans jamais me figurer que devait davantage primer le point de vue et le rapport au sujet. J’étais dans la croyance que le sujet allait fournir l’image. Les prémices de la série d’aujourd’hui ont été des récupérations de planches contact de photo ratées d’alors, qui en fait révélaient un potentiel et une narration.

Depuis lors, quel a été ton cheminement pour en arriver à récupérer ces photos ratées et à réfléchir par rapport à cela?

Il fallait rendre un travail et, pressé par le temps, j’avais récupéré un tas d’images d’une planche-contact que j’avais collées sur une bande. Didier Coeck, le seul professeur qui m’apporta réellement quelque chose et à qui je dois beaucoup, m’a fait part de son enthousiasme et m’encouragea à poursuivre ce travail. De mon côté je trouvais ça plaisant esthétiquement, mais je n’y avais pas vu une voie possible. J’ai ensuite creusé cette piste vers la fin de la 5ème secondaire et c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ce qui m’ importait, c’étaient les émotions, et à mon sens, la manière la plus tangible de rendre compte d’une émotion, c’est l’ abstraction. Je n’ai jamais réussi à expliquer avec des mots ce qu’était l’amour, par contre, l’abstraction, c’est ce qui tend le plus à l’exprimer.

C’est vrai qu’abstraction il y a, mais d’un autre côté, quand on regarde les images de l’expo, c’est ça qui est assez étonnant chez toi, c’est que le sujet est un coup de poing dans les tripes; même s’il est déformé par une forme d’abstraction: le flou, le grain, le black & white sans grisés... C’est ce que je trouve étrange dans ton travail, c’est cet éloignement de la réalité où elle devient plus réelle que réelle.

Je crois que c’est justement lié à ce filtre de l’abstraction (qui fonctionne de la même manière que le souvenir, toujours confus mais tellement fort). Cependant, et c’est important pour moi, je n’ai jamais fait une photo en ayant conscience du résultat.
Je ne me suis jamais dit "je vais faire un flou". Jamais. Encore maintenant. Vis-à-vis du choix des sujets, ils étaient faciles pour moi, c’était simplement mon quotidien. Artistiquement parlant, j’ai eu une chance, c’est que j’ai été rapidement très triste (je le dis avec et sans humour); ça m’a très vite obligé
à voyager dans ce que je suis moi. A partir de douze ans, j’ai commencé à avoir des vrais moments de tristesse, qui se traduisaient par des goûts, par des images, mais ils étaient trop abstraits pour être figurés. La notion de dégradation a à voir avec le principe du souvenir toujours diaphane. La notion d’absence, elle, s’est imposée à moi comme une problématique importante. Je pense à un élément déclencheur: mes parents ont divorcé quand j’avais 12 ans 1/2 ou 13 ans. C’est ce moment ridicule où on se retrouve dans le couloir, que la voiture est bourrée et que mon père vient, me caresse les cheveux et me dit "voilà mon gars, je m’en vais" et on se retrouve seul dans le corridor, la porte se ferme et on se met à entendre le bruit des tubes néons. Et d’un coup, c’est le compte à rebours des souvenirs, et de là vient la raison, à mon sens inconsciente, de la dégradation. C’est à dire que d’un coup, tout s’en va. Il n’y aura plus jamais papa-maman, ce sera papa et maman. Et ça, à supposer qu’il y ait une raison, je crois que ça m’a très vite marqué. Je suis toujours dans la douleur du souvenir qui passe, en permanence. J’ai beaucoup de mal - et je m’y efforce - à vivre les choses sans me dire: ça deviendra une trace.
Le moteur des prises de vues, c’est "aller ailleurs". Ce qui compte, c’est partir, pour moi en tout cas.

Ça veut dire quoi? Parce que quand tu fais des photos de Victoria, tu penses déjà à ça au moment où tu fais l’image?

Non, c’est plus personnel et intime. C’est la seule personne pour qui j’aie jamais éprouvé le sentiment d’amour, en tout cas avec l’intensité que le mot réclame. Non, à ce moment-là, c’est … elle est magnifique.

Et tu veux en garder le souvenir magnifique?

Oui, elle l’est... Ce sont les seules images que j’aie d’elle,
c’est quand elle dort. J’en ai une ou deux autres, mais qui ne témoignent de rien. C’est peut-être mystique, mais le fondement de ce que je suis ne doit pas être représenté. Par exemple, je ne pense pas que le divorce de mes parents doit être concret dans mon travail. Maintenant que je l’ai dit, on pourra y voir l’événement en filigrane dans certaines photographies évidemment, mais ce n’est pas concret.
Il y a des endroits que je ne photographie pas et qui évoquent beaucoup pour moi. Je ne pense pas qu’il faille montrer les sources, ça me paraît impudique. Je préfère en montrer la résonance. Sauf Victoria où là, au niveau des images, je ne pense pas que ce soit cruel. Je crois qu’il y a une tendresse et je suis heureux que ça en témoigne. C’est pour ça que je défends souvent la nécessité de mettre ces images là.

Dans ta biographie, pour y revenir: tu finis Saint-Luc en 1998, des humanités artistiques en photographie. Puis tu vas t’orienter plutôt vers le cinéma et oublier à certains moments la photographie? Qu’est-ce qui se passe alors dans ta tête?

Il se passe une erreur. Un ami m’avait dit à la fin de Saint-Luc qu’il allait faire du cinéma expérimental en Angleterre; je vais avec lui. Je franchis le concours d’entrée; ironie du sort, lui le rate. La même année, je passe le concours d’entrée à l’INSAS en réalisation que je loupe. Je pars en Angleterre, je réussis tous les examens. Une fois en Angleterre c’est, je crois, avec dernièrement, un des moments où j’ai été le plus profondément malheureux. J’en reviens 1 mois 1/2 à 2 mois après. Mon retour est mal pris et ça se passe très mal avec ma famille. Je me suis trouvé dans une étrange situation pour la première fois de ma vie: je n’étais pas dans la possibilité de désirer faire quelque chose, mais d’abord dans la nécessité de survie. Donc, pendant trois mois, j’appelle tout le monde et je me mets à vouloir faire du cinéma. Parce que pour moi, la photo, je ne pouvais pas en vivre, du fait qu’il s’agit d’un métier d’auteur, et comme j’étais très fragile moralement à ce moment-là, je
ne me voyais pas auteur de quoi que ce soit. Dans le cinéma, je peux être sous-fifre, tout en participant à évoluer dans un projet artistique, c’était important pour moi. Donc pendant trois mois, je quémande des stages partout, tout le monde me jette; je fais plus de 2000 kilomètres en Belgique. Pour finir, un stage se débloque, puis j’enchaîne deux longs métrages, 3
ou 4 téléfilms, des courts, des pubs…

Par hasard, en Belgique?

Oui, c’est un hasard absolu d’avoir été pris sur un plateau. J’ai fait de très belles rencontres - Olivier Smolders sera la plus importante - qui m’ont donné confiance en moi, et à l’issue de cette année-là, en 1999, je passe le concours d’entrée de l’INSAS en image, que je réussis. Durant cette période je n’ai fait quasiment aucune image. Je rentre à l’INSAS, et quelques mois plus tard, je rencontre Victoria, j’avais regagné la confiance de ma famille, j’étais dans une grande école, j’avais la fille que je ne pouvais même pas rêver d’avoir, j’étais vraiment heureux pour la première fois de ma vie et donc je ne foutais rien. Pendant deux ans, je n’ai réalisé quasiment aucune image entre 1998 et 2000-2001.

Dans les images qui sont dans l’expo, il y a des images d’avant 2001?

Oui, il y a des images que j’ai faites quand j’étais à Saint-Luc. Je vivais chez ma grand-mère, en raison de ma famille éclatée et je me promenais beaucoup. Les paysages, ce sont souvent des promenades nocturnes avec le chien Hiko; c’est pour ça qu’il se trouve beaucoup dans mon travail.

Donc "Nuits Blanches", ce n’est pas tout-à-fait un mauvais titre, éventuellement?

Pas totalement, les nuits ont été importantes pour moi, avec ce qu’elles véhiculaient d’angoisses et donc de voyages. Pour ne pas imploser, c’est pour ça que je partais ailleurs. La photo offre l’un des moyens le plus pauvre, matériellement parlant, pour effectuer ce voyage. J’aime beaucoup écrire aussi, mais ce que j’aime dans la photo, c’est que l’image insolée, sera précisément celle que je n’ai pas vue, dans la mesure où elle est prise alors que le miroir de l’appareil se lève et donc je ne la vois pas durant cette fraction de seconde. Avoir à attendre chaque étape: développement négatif, tirage, etc.; cela désacralise le moment, j’aime bien ça.

Mais si j’ai bien compris, tu travailles toujours dans le cinéma. Tu es à Paris une partie du temps. Tu considères que le cinéma, c’est autre chose que la photo? C’est quoi pour toi, un gagne-pain, une socialisation et la photo reste ton jardin intime ou est-ce que tu développes un peu le même travail en cinéma d’auteur?

Le cinéma aujourd’hui ne me rapporte plus rien, parce que je ne fais plus que mes propres projets. Néanmoins, le cinéma, c’est surtout une bouffée d’air qui me permet de collaborer, de ne pas être seul encore une fois. La photo a vraiment à voir avec un journal intime, le cinéma se réclame de la passion.
Je préfère aller au cinéma à regarder de la photographie. Clairement, le cinéma se situe dans la passion, la photo, c’est
le moment où…

Donc tu irais plus facilement voir un film qu’une exposition de photos?

Oui, mille fois! Je ne vais jamais voir d’autres expos, d’autres travaux.

Donc tu n’en voudras pas au public s’il préfère aller au cinéma que de venir voir ton expo de photos?

«Faites ce que je dis, pas ce que je fais», c’est la règle de mauvaise foi de base!
Sincèrement, ce n’est pas de la fausse humilité, je suis le premier surpris et honoré de voir que mes images rencontrent aujourd’hui la sensibilité des gens. Cela me touche énormément, d’autant plus que j’ai une chance énorme par rapport à beaucoup de pouvoir – ça s’est vérifié – toucher quasiment toutes les classes sociales et tous les âges. Il y a bien sûr nombre de gens qui détestent mon travail et c’est normal; par contre, je ne pense pas me situer dans une forme élitiste. Je suis profondément heureux de pouvoir toucher les gens en étant naturel, de ne pas à avoir être volontariste à faire des choses; rencontrer l’attention de certaines personnes avec ce que je suis, c’est vraiment bien.

Donc, tu es revenu à la photo (tu n’en as plus fait jusqu’en 2000-2001) et quel est l’élément qui t’a incité à aller montrer tes photos alors que tu étais plus ou moins lancé dans le cinéma à Paris?

Ce qui m’a fait reprendre les démarches et la photo, c’est la rupture avec Victoria. Beaucoup de choses sont liées à ça; c’est à ce moment-là que j’ai multiplié mes activités, où j’ai abandonné les postes techniques au cinéma pour prétendre à devenir un auteur, où j’ai repris le théâtre, où je suis rentré au cours Florent à Paris…

Ça veut dire que tu en faisais déjà auparavant?

Oui, mais en dilettante, comme acteur amateur. J’ai fait un concours à la radio RTBF où je me suis fait remarquer; j’ai intégré une troupe semi-professionnelle, puis pour le théâtre, j’ai fait le concours d’entrée au cours Florent où je suis rentré directement en dernière année sur audition. Au final c’est le métier pour lequel je cherche le moins, car il me semble trop asservi. Mon ami Michel Archimbaud m’a dit qu’il valait mieux le faire au ricochet et je préfère faire ce que je suis et me dire que si j’ai la chance d’avoir une assise dans un registre, il sera plus facile de solliciter une autre fonction. Ce que je raconte ici, est exactement le contraire de ce qu’il m’a dit de faire. Il a bien insisté de ne jamais dire que je sais faire plusieurs choses parce que les gens ne sont pas prêts à croire qu’on puisse avoir plusieurs cordes à son arc.

Non, ça fait un peu dilettante: tu fais du cinéma expérimental, tu es technicien sur des films plus documentaires, acteur de théâtre… On se dit, qu’est-ce qu’il veut vraiment?

Bon à tout, bon à rien! Je ne pourrais pas me dire que je ne vais faire que de la photo, parce que la photo est mue par un désir. Et le désir, c’est comme la faim ou comme l’amour, on ne peut pas l’anticiper. J’ai eu un trou en photo de 1 an 1/2, 2 ans, ce qui, proportionnellement à mon âge, est important. La multiplicité des activités est un mouvement naturel pour moi, j’en ai besoin. Je mesure également quand je suis trop longtemps dans un milieu, que très vite ce milieu devient médiocre par sa proximité, par sa concurrence avec lui-même et donc je suis très content, humainement, d’avoir ces portes de sortie. J’ai besoin d’air, de beaucoup d’air. Jamais je n’avais soupçonné que c’est par la photo que je pourrais avoir mon nom dans un journal, je ne le pensais pas. Je pensais que ça viendrait par ailleurs, si ça venait…

Quel âge as-tu?

J’ai 26 ans.

Tu as la vie devant toi…

Il paraît, mais c’est précisément mon problème: le temps, je le vis contre moi. Je l’ai toujours vécu comme ça; j’ai du mal à me dire que le temps soit pour et avec moi.

Tu es en état d’urgence parpétuel?

Oui, c’est permanent. Et toutes les angoisses qui vont avec. Je suis en permanence dans l’urgence et dès lors, ça fait de moi quelqu’un de possiblement envahissant aussi, car quand on me dit de faire quelque chose, je le fais directement, je dois être monomaniaque sur ce point-là. Je suis dans cette urgence sans cesse car je me dis qu’il y a une urgence à dire aux gens qu’on aime qu’on les aime, il y a une urgence à être bien. Je crois aussi que malheureusement plus on veut être bien, plus on s’en éloigne, du fait qu’on se pose la question de comment l’être. Cette urgence-là me semble malgré tout importante, parce qu’il n’y a que les choses importantes qui sont urgentes. Je suis quelqu’un qui n’a quasi aucune vie sociale, je ne sors jamais, je ne vais jamais dans un café. Je ne vois les gens presque uniquement dans le cadre de projets. Mais il se trouve que mes meilleurs amis sont mes plus proches collaborateurs (les deux autres membres du collectif
www.joug.org), ils ont les deux casquettes. C’est exceptionnel que je voie les gens pour voir les gens, pour meubler le temps qui passe. Par contre, régulièrement, je prends le temps de les solliciter pour le plaisir d’être là, mais me déplacer, être présent et prendre du temps, c’est très rare que ça se fasse en dehors de projets ou d’effervescence. Non pas par souci carriériste, mais parce que je ne sais rien faire d’autre que faire. Je ne pense vraiment pas être carriériste; je n’ai aucun rapport d’intérêt avec les gens. J’aime bien les ricochets, je trouve que l’avantage quand on est sur un projet, c’est que la conversation ne devient plus obligée, mais ça nous permet de travailler en parlant d’autre chose et ça me paraît plus pudique.

Donc, ça permet une distanciation?

Oui, c’est pour ça que j’aime bien les histoires, que j’adore le cinéma. En photo, j’ai bien de la chance d’avoir des images parfois abstraites, parfois confuses qui me permettent de me raconter indirectement. Je suis content aussi que ça raconte d’autres choses chez les gens tout en préservant la même humeur. Il y a des gens qui s’y reconnaissent et je trouve ça très bien.

A ce propos, imagine que tu fermes les yeux et que tu guides un groupe de personnes aveugles dans ce qui sera l’exposition au mois de septembre, avec la sélection d’images qu’on a faite, comment pourrais-tu dire ce qu’on devrait voir?

Je dirais qu’il fait froid, parce que la notion de climat, cette notion tactile, c’est quelque chose que j’ai souvent. J’ai souvent des frissons…

Décris simplement ce qu’on va voir. Comment cet univers, ces images, qui viennent du plus profond, il y a des paysages, des photos de chiens, les portraits, les photos complètement abstraites, des personnes âgées, comment ça devrait s’associer, tout ce monde? Pourquoi passer tant d’énergie vitale, fondamentale, pour réunir tout ça en 30, 40, 50 images dans un livre, une expo? C’est quoi tout ça?

C’est tellement abstrait mes motivations de les faire, en dehors des portraits de personnalités ou des demandes où j’ai des rendez-vous… J’aime assez la sortie facile de dire "il fait froid" pour répondre à tout; même si ça fait artiste pédant. Je crois sincèrement que je dirais qu’il faut repartir des cinq sens – pour le coup, les aveugles n’en ont que quatre – et de réapprendre à goûter, à ressentir, à voir et dès lors le quotidien deviendra beaucoup plus divers que ce que l’on croit. Cette question de la diversité, ça vient de ce que j’essaie, de plus en plus, c’est à la fois douloureux, et à la fois très intéressant, de revivre les choses, de ne pas m’empresser de les associer à des expériences passées, et donc ces images-là sont une espèce de compte-rendu d’une enfance à avoir à renouveler sans cesse. Quelle était votre première sensation quand vous avez goûté un goût sucré? S’il fait froid, c’est, sans verser dans le masochisme, parce que les choses sincères sont toujours douloureuses. Il y a cette phrase de Desproges qui me touche beaucoup "la nostalgie, c’est comme les coups de soleil; ça ne fait pas mal pendant, ça fait mal après".

Donc peut-être les aveugles voient justement mieux que moi l’univers que j’essaie de leur montrer, avec ces 4 autres sens. J’ai dit en amont que j’avais fait de la photo parce que je ne savais pas dessiner, mais je crois que malgré tout, j’essaie en photo de repeindre, de refaire quelque chose… Ces aveugles-là, avec "il fait froid" et avec quelques sensations, ils verront plus encore que moi la photo que j’ai voulue. J’avais pour habitude de dire que ces images-là, c’est l’image que j’ai des gens quand je ferme les yeux, ce qui reste. Je n’ai pas de mots concrets à leur dire, si ce n’est que si ça se trouve, ils ont mieux vu que moi. C’est un point de vue d’aveugle, un point de vue absent.

Retranscription intégrale d'une interview réalisée par Jean-Louis Godefroid en juillet 2005

Pour plus d’informations sur Jean-François Spricigo, consultez son site www.joug.org
















































































































. Jean-François Spricigo
Extrait de la série "Silenzio",
1999-2005,
64 X 96 cm




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Extrait de la série "Silenzio",
1999-2005,
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