|
I FRONTIÈRE - GRENS
MICHEL CASTERMANS I
> du 21 juillet au 10 octobre 2010
Biographie de Michel Castermans
Entretien avec Michel Castermans
JLG: Comment t’est venue l’idée de ce travail sur la frontière linguistique?
MC: Avant ce projet, j’avais fait beaucoup de photographies de voyages et, un jour, j’ai réalisé qu’il y avait un voyage à faire dans mon propre pays. Je me suis imposé ce défi d’explorer une région belge que je ne connaissais pas, où il n’y a en principe pas grand-chose à photographier, en cherchant à y poser un regard neuf. C’est un sujet qui m’intéresse en tant que citoyen belge originaire des deux communautés, puisque ma mère était flamande, et qui a été réalisé dans le contexte d’une Belgique pour le moins chahutée par rapport à son entité connue depuis 1830.
C’est avant tout un choix photographique. Je n’avais pas d’arrière-pensée politique en faisant ces photographies, si ce n’est celle de montrer la Belgique dans ce qu’elle avait de très belge, de très fragile et de très neutre, puisque c’est un travail sur le fil de la frontière elle-même.
Cette frontière administrative est devenue une réalité de terrain qui mérite d’être prise en compte et qui est un sujet d’expression artistique; cela m’a paru très intéressant car une frontière laisse ou non une trace topographique, une trace sur le territoire, et ce travail photographique comporte dès lors une part de témoignage, a un rôle de témoin de l’histoire de notre temps.
JLG: Comment as-tu élaboré ce travail?
MC: Au départ, je voulais faire un travail d’équilibriste sur cette frontière, car dès qu’on bascule d’un côté ou de l’autre, on peut devenir partial et donc impliqué politiquement. En pratique, j’ai repéré des endroits qui me semblaient intéressants par l’intermédiaire de Google Earth, ce qui me permettait d’avoir des photographies par satellite. Sur ce programme, la frontière est bien indiquée, donc il était facile d’avoir une idée de la topographie du territoire. J’ai repéré certains points et, par ailleurs, mon GPS indiquait clairement cette ligne frontière, donc j’avais un outil me permettant de me situer très précisément par rapport au sujet. Dans de nombreux cas, je me suis arrêté sur la ligne frontière, j’ai regardé ce qu’il y avait à photographier et, secondairement, j’ai cherché quel sens je pouvais donner à mes photographies par rapport à la thématique de cette frontière. Le but était de poser un regard photographique à la fois objectif et descriptif mais qui, à travers mon regard, permettait à chacun de se projeter dans sa Belgique.
JLG: Ce qu’il faut dire aussi, c’est que pour ce travail-ci, tu as changé de technique…
MC: Oui, j’ai également inclus une réflexion quant à la technique. Ici, j’ai choisi le moyen format 6 x 7 et j’ai complété en fin de travail par de la chambre technique 4 x 5 inches, technique que j’ai d’ailleurs apprise au cours de l’élaboration de ce travail. Et j’ai réalisé le travail en couleur, parce qu’il s’agit d’un travail dans la réalité, dans l’actualité. Je voulais que ce soit lisible comme de la
photographie très actuelle, parce que cette frontière, je l’ai photographiée telle qu’elle est maintenant, au présent. Son avenir est tellement incertain… mais là, je m’écarte du sujet!
Jean-Louis Godefroid - Michel Castermans, entretien, mai
2010
|
|
|
|
|
|
|
Michel Castermans,
Série Frontière-Grens,
61 x 76 cm
2007-2010
|
|