| I Hicham Benohoud VERSION SOFT I > du 14 janvier au 7 mars 2004 Biographie Version soft Le nouveau travail dHicham Benohoud, intitulé "Version soft", probablement par dérision est, sans doute, le plus dur et le plus déroutant. Pour la première fois, Hicham Benohoud, dans la partie biographique de son travail (il réalise aussi des installations purement géométriques) se montre. Jadis caché derrière lappareil photo (cf. la série de clichés faite avec ses élèves et intitulée "La salle de classe") ou encore manipulant ses photographies avec acides et autres substances destructrices jusquà rendre les visages méconnaissables, Hicham Benohoud a franchi le Rubicon en se mettant en scène lui-même et assumant complètement sa représentativité. Le résultat est une série dautoportraits à peu près tous conçus sur la base du même mode opératoire: torse nu, le visage droit et le regard fixe avec, pour chacun des clichés, une intervention perturbante: une pierre sur le crâne, des papiers collés, le visage sanglé, le visage enfermé. Lambiance qui se dégage rappelle encore une fois celle de "La salle de classe" où des élèves jouaient des séquences immobiles, où divers objets et interventions interagissaient avec les corps et les visages des enfants. Se dégageait de ces poses une atmosphère faite dincommunicabilité et de froide violence. Ici, le matériau se restreint. La scène se resserre sur le seul visage de lartiste. Le côté ludique de la salle de classe a disparu comme a aussi disparu lenvironnement témoin, ces enfants qui, dans la salle de classe, poursuivent leurs travaux scolaires dans lindifférence de la scène qui se déroule pourtant sous leurs yeux. Le choc est donc frontal, brutal et sans complicité. Dailleurs, le regard dune fixité inquiétante ne fixe rien, si ce nest cet improbable objectif tenu par un improbable photographe. On est donc dans len dedans des choses, ce qui permet à la mise en scène daller de plus en plus loin jusquà ces dernières photos où le visage finit par disparaître complètement. Jamais donc il ne nous a été donné de voir de si près les troubles et interrogations dun artiste qui se livre sans témoin et donc sans pudeur. Dès lors, tout est symbole. La pierre deviendrait le poids du monde, le poids social, le système social des conventions. Mais elle est aussi recherche déquilibre. La synthèse serait donc possible: lhomme pourrait malgré ses enfermements se créer un univers dune certaine harmonie. Le visage dHicham a gommé ses repères, mais est-ce dire quà linstar de la jeunesse marocaine, il nen cherche pas? Sa force est dexprimer ses craintes, de les mettre à vif comme autant de plaies non encore cicatrisées. Alignés, ses portraits nous conduisent, comme les musiques répétitives, vers dautres connaissances. Hicham Benohoud met en scène ses cicatrices intérieures pour mieux nous aider à sauter le pas. Lobjectif est de déterminer sil sera possible un jour de forcer le passage, de dépasser les inquiétudes, de construire un monde ouvert où les frontières internes seraient abolies. Daniel Sotiaux, Membre de lAICA, 2003 |
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